Les changements et nouveautés apportés par l'économie numérique ont placé les gouvernements du monde entier dans une situation où ils doivent réévaluer leurs cadres réglementaires fiscaux et suivre les tendances et modèles économiques modernes. L'une des plus grandes économies du monde, le Canada, n'a pas été épargné par ces défis.
Le Canada a donc instauré le Digital Services Tax Act (DST) pour faire face aux défis fiscaux posés par les géants de la tech qui opèrent au Canada sans présence physique et fournissent des services aux clients canadiens. Cet article se penche sur la DST canadienne et explore son champ d'application, ses obligations et son impact sur les entreprises et les utilisateurs.
Présentation du Digital Services Tax Act canadien
Le Canada a annoncé son intention d'instaurer la DST dès 2020. Toutefois, elle est officiellement entrée en vigueur en juin 2024, en s'appliquant rétroactivement aux revenus dits « in-scope » à compter du 1er janvier 2022. Les prestataires de services numériques nationaux et étrangers relèvent du champ d'application de la DST s'ils remplissent des critères spécifiques.
Ainsi, tout prestataire de services numériques dont le chiffre d'affaires mondial annuel de l'année précédant l'année de déclaration dépasse 750 millions CAD et dont les revenus canadiens relevant du champ d'application dépassent 20 millions CAD doit acquitter une taxe de 3 % sur les revenus tirés des utilisateurs canadiens.
Les prestataires de services numériques qui ne dépassent pas les seuils mondial et canadien de la DST, mais dont les revenus canadiens issus des services numériques dépassent 10 millions CAD, doivent s'enregistrer à la DST et déposer des déclarations DST annuelles. Toutefois, ils n'acquittent pas la taxe de 3 %.
La DST s'applique sur une base d'année civile, et la première année civile d'application est 2024. Le premier paiement de la DST sera exigible le 30 juin 2025 et inclura les revenus relevant du champ d'application de la DST tirés depuis 2022. Cette décision d'appliquer la DST rétroactivement a suscité une opposition non seulement de la part des grandes entreprises assujetties à la taxe, mais aussi de gouvernements, le plus véhément étant le gouvernement américain.
Champ d'application de la DST canadienne
La DST s'applique aux quatre catégories de revenus relevant du champ d'application : les revenus des services de places de marché en ligne, les revenus des services publicitaires, les revenus des services de réseaux sociaux et les revenus tirés des données des utilisateurs.
Revenus des services de places de marché en ligne
Pour relever du champ d'application de la DST, les places de marché en ligne doivent remplir trois conditions. Elles doivent être des interfaces numériques permettant aux utilisateurs d'interagir avec d'autres utilisateurs et de faciliter la fourniture de biens ou de services, y compris de contenu numérique.
Cela signifie par exemple qu'Amazon relève de la DST. À l'inverse, une interface numérique comptant un seul fournisseur, ou proposant des services de paiement, n'est pas considérée comme une place de marché en ligne et se situe hors du champ d'application de la DST.
Les revenus canadiens des services de places de marché en ligne comprennent les revenus générés par les frais d'abonnement et les frais par utilisateur perçus pour donner accès aux places de marché en ligne. En outre, les revenus générés par la facilitation de la fourniture entre utilisateurs, tels que les frais de transaction, relèvent également des revenus des services de places de marché en ligne.
Revenus des services de publicité en ligne
Les revenus tirés de la publicité ciblée via une interface numérique en ligne et de la fourniture d'un espace en ligne pour la publicité ciblée sont considérés comme des revenus des services de publicité en ligne au titre de la réglementation DST. Le contenu sponsorisé, l'affichage de publicités, la publicité vidéo et la publicité de campagnes politiques, s'ils sont utilisés à des fins promotionnelles, sont considérés comme de la publicité ciblée.
La publicité ciblée peut être démographique lorsqu'elle repose sur les données de l'utilisateur, notamment l'âge ou le sexe, géographique lorsqu'elle repose sur la localisation de l'utilisateur, et comportementale et fondée sur les centres d'intérêt lorsqu'elle repose sur l'historique de navigation, d'achat ou de recherche de l'utilisateur. En outre, si la publicité repose sur des données de l'utilisateur incluant l'historique de ses accès, elle est considérée comme un ciblage temporel, et les revenus tirés de la fourniture de ces services relèvent du champ d'application de la DST.
Revenus des services de réseaux sociaux
Au titre de la DST, les revenus des services de réseaux sociaux comprennent les revenus tirés de la fourniture aux utilisateurs d'un accès à la plateforme de réseau social et à des services premium, ainsi que de la facilitation de l'interaction entre utilisateurs, ou entre utilisateurs et contenu numérique créé par d'autres utilisateurs du réseau social.
Revenus tirés des données des utilisateurs
Les noms d'utilisateur, adresses postales ou électroniques, préférences ou autres données similaires que les places de marché en ligne, les moteurs de recherche ou les plateformes sociales collectent auprès de leurs utilisateurs et vendent ou dont ils tirent des revenus sont soumis à la DST en tant que revenus tirés des données des utilisateurs. Outre la vente de données d'utilisateurs, les revenus générés par la concession de licences sur ces données à des tiers sont également soumis aux règles de la DST relatives aux revenus.
Impact sur les prestataires de services numériques et les utilisateurs
Avec l'entrée en vigueur des règles de la DST, les prestataires de services numériques doivent s'enregistrer à la DST au Canada si leurs revenus mondiaux et canadiens relevant du champ d'application dépassent les seuils définis. En outre, ceux qui sont soumis à la taxe de 3 % supporteront des charges financières susceptibles de réduire leurs bénéfices.
De plus, ceux qui remplissent tous les critères d'enregistrement et de paiement de la DST doivent consacrer des ressources supplémentaires pour déterminer si les revenus générés en 2022 et 2023 relèvent des revenus canadiens du champ d'application et si les revenus mondiaux de 2021 et 2022 dépassent le seuil de chiffre d'affaires mondial. Par ailleurs, les prestataires de services numériques doivent calculer le montant de DST qu'ils devront acquitter l'année suivante au titre des revenus tirés en 2022, 2023 et 2024.
D'autre part, les utilisateurs qui recourent aux services fournis par ces entreprises pourraient être confrontés à une hausse des prix ou à des frais supplémentaires. Les prestataires de services numériques peuvent décider de répercuter ces coûts sur leurs utilisateurs. Par exemple, Amazon a imposé de nouveaux frais de 3 % à ses vendeurs Amazon au Canada, tandis que Google a introduit des frais « Canada DST Fee » de 2,5 % pour les annonces diffusées au Canada.
Sanctions en cas de non-respect des règles de la DST
Toutes les entreprises qui ne s'enregistrent pas à la DST dans les délais, c'est-à-dire au 31 janvier de l'année suivante, peuvent encourir une pénalité de 20 000 CAD pour chaque année civile au titre de laquelle elles auraient dû s'enregistrer. Le défaut de dépôt d'une déclaration DST dans les délais peut entraîner des pénalités pouvant atteindre 5 % de la DST due, plus 1 % de la DST due multiplié par le nombre de mois de retard de la déclaration. Toutefois, la pénalité de 1 % est plafonnée à 12 mois.
Ceux qui omettent de façon répétée de déposer leurs déclarations DST peuvent encourir des pénalités encore plus élevées, pouvant atteindre 10 % de la DST due, plus 2 % de la DST due multiplié par le nombre de mois complets de retard de la déclaration.
Le dépôt de déclarations DST fausses et inexactes peut entraîner une pénalité de 5 000 CAD ou de 25 % du montant dont toute somme due au titre de cette réglementation DST a été réduite, ou dont tout paiement pouvant être obtenu au titre de celle-ci a été augmenté, le montant le plus élevé étant retenu.
Enfin, le défaut de fourniture des informations ou des documents requis sera sanctionné par une pénalité de 2 500 CAD pour chacun de ces manquements.
Conclusion
Outre les coûts financiers directs liés au paiement de la DST pour jusqu'à trois années à la fois, déterminer quels revenus des années antérieures relèvent du champ d'application de la DST et quel montant de DST doit être acquitté sur ces revenus représente une tâche chronophage pour les prestataires de services numériques. De plus, les utilisateurs de ces services pourraient eux aussi subir les conséquences financières de la DST imposée aux prestataires de services numériques, celles-ci pouvant leur être répercutées sous forme de frais supplémentaires.
Néanmoins, à l'approche de la fin de l'année civile 2024 et de l'obligation de déposer les déclarations DST, toutes les entreprises dont les revenus dépassent les seuils de la DST doivent veiller à s'enregistrer à la DST à temps et à déposer une déclaration exacte dans les délais.
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