La République tchèque s'apprête à rétablir la déclaration électronique des ventes avec l'EET 2.0, nouvelle version du système de fiscalisation EET (enregistrement électronique des ventes) auquel il avait été mis fin le 1er janvier 2023. Le projet vise à constituer un enregistrement numérique fiable des ventes concernées, à faciliter la détection du chiffre d'affaires non déclaré et à renforcer le recouvrement de la TVA et de l'impôt sur le revenu. Contrairement au modèle précédent, l'EET 2.0 est conçu sans matériel fiscal obligatoire, sans certification des solutions POS et sans obligation, propre à l'EET, d'imprimer un justificatif papier.
Le texte est encore en cours d'adoption. La Chambre des députés a approuvé le Bill 189 le 15 juillet 2026 et l'a transmis au Sénat le 21 juillet. Deux commissions sénatoriales ont recommandé des amendements le 12 août puis, le 19 août, le Sénat a renvoyé le texte amendé à la Chambre, après avoir rejeté une motion visant à l'écarter. La Chambre doit désormais choisir entre reprendre la version du Sénat ou passer outre : les règles définitives peuvent donc encore évoluer avant l'adoption.
Pourquoi la République tchèque relance l'EET
L'EET 1.0 est entré en vigueur en 2016 et imposait la transmission électronique des ventes concernées à l'administration fiscale tchèque. Son application a été suspendue pendant la période COVID-19, avant que le dispositif ne soit supprimé le 1er janvier 2023. Le ministère des Finances présente aujourd'hui l'EET 2.0 comme un instrument de lutte contre l'économie souterraine et contre la concurrence déloyale entre les entreprises qui déclarent l'intégralité de leur chiffre d'affaires et celles qui ne le font pas.
Dans le commerce de détail, la fraude à la TVA commence souvent par une vente absente des enregistrements du vendeur. Un relevé quasi en temps réel des paiements concernés donne à l'administration fiscale une source de données supplémentaire, confrontable aux déclarations, à la comptabilité et aux autres indicateurs de risque.
Comment l'EET 2.0 peut lutter contre la fraude à la TVA
Au stade du détail, la fraude à la TVA peut naître de l'omission d'une vente dans les livres du vendeur. Un chiffre d'affaires non déclaré conduit aussi bien à une TVA collectée minorée qu'à un revenu imposable sous-évalué. L'EET 2.0 répond à ce risque en créant un enregistrement électronique pour chaque paiement concerné : montant, horodatage, assujetti, unité d'enregistrement, identifiant POS et numéro d'ordre de la transaction.
Ces données quasi instantanées peuvent être recoupées avec les déclarations de TVA, la comptabilité et d'autres indicateurs de risque, ce qui permet aux autorités de cibler les contrôles sur les incohérences plutôt que de s'en remettre à des vérifications aléatoires. Le ministère table sur un gain annuel pour les finances publiques d'environ 14,4 milliards CZK, étant précisé qu'il s'agit d'une estimation. L'EET 2.0 viendra compléter — et non remplacer — les factures de TVA, la tenue de la comptabilité, les déclarations de TVA et le paiement de l'impôt.
Champ d'application et opérations concernées
Le projet vise en principe les redevables de l'impôt sur le revenu des personnes physiques et de l'impôt sur les sociétés qui réalisent des ventes concernées en République tchèque. En l'état, le cadre législatif porte principalement sur les paiements de contact, effectués en présence des parties ou dans les locaux du vendeur : espèces, carte, QR code, bons d'achat et instruments similaires. Les paiements de compte à compte réalisés à distance, sans contact physique, relèvent en général d'un traitement différent.
Le système doit également enregistrer des événements tels que les ventes, les retours, les annulations, les acomptes, la régularisation des acomptes ainsi que certaines opérations d'encaissement ou de décaissement. Les corrections et les opérations négatives font l'objet d'un enregistrement distinct. Le texte prévoit des exonérations pour certaines entités, certaines activités et les petits assujettis éligibles ; ces dispositions méritent une attention particulière, le projet ayant été renvoyé amendé devant la Chambre.
Fiscalisation et exigences applicables aux systèmes POS
L'EET 2.0 repose sur un modèle de fiscalisation en ligne. L'administration financière indique qu'aucune certification particulière ne sera exigée des fabricants, des fournisseurs, des sociétés de services ni de leurs solutions POS. Les entreprises pourront utiliser une caisse enregistreuse, un système POS, une tablette, un smartphone ou toute autre solution adaptée, dès lors qu'elle dispose d'une connexion internet et respecte les règles de communication imposées. Une application web gratuite, MOJE EET, est par ailleurs prévue pour les plus petits assujettis.
Les assujettis déclareront leurs unités d'enregistrement via DIS+ sur le portail MOJE daně et utiliseront des certificats de caisse pour l'authentification et la signature électronique. Selon la spécification d'interface en vigueur, le POS transmet en HTTPS un message SOAP/XML signé électroniquement, contenant les données de transaction prescrites. Toute transmission acceptée donne lieu à un code d'acquittement, le POK.
Le délai de réponse doit être paramétré au-delà de deux secondes. En cas d'échec de la transmission immédiate, les données doivent être renvoyées sans retard injustifié et dans les 48 heures suivant la vente. Les systèmes POS devront donc gérer les certificats, la validation, les tentatives de renvoi, le contrôle des doublons, le traitement des erreurs et une file d'attente hors ligne. L'EET n'imposera pas en soi l'impression d'un justificatif, mais les règles propres à la TVA et au droit de la consommation en matière de facture ou de preuve d'achat continueront de s'appliquer. L'administration financière confirme cette distinction.
Calendrier de mise en œuvre
L'administration financière a déjà ouvert aux développeurs l'environnement de test Playground, accessible depuis le 1er juillet 2026. La feuille de route officielle prévoit les fonctions DIS+ et la génération des certificats de caisse à compter du 1er novembre 2026, l'application MOJE EET au 1er décembre 2026, une phase pilote à partir du 1er janvier 2027 et l'entrée en service complète au 1er février 2027.
Ces échéances doivent encore être considérées comme prévisionnelles, le texte n'ayant pas achevé son parcours parlementaire. Les développeurs peuvent s'appuyer sur la documentation technique existante pour préparer et tester leurs solutions, mais les entreprises ont tout intérêt à suivre le texte légal définitif ainsi que les amendements adoptés au stade sénatorial.
Conséquences pratiques pour les entreprises
L'EET 2.0 associe une déclaration des ventes en temps réel à une approche plus neutre sur le plan technologique que le dispositif précédent. Pour les commerçants et les fournisseurs de solutions POS, la préparation doit porter sur l'identification des opérations entrant dans le champ, le paramétrage des unités d'enregistrement, la gestion des certificats, le traitement des retours et des autres opérations négatives, ainsi que sur la fiabilité de la reprise après un incident hors ligne.
L'essentiel est que les travaux de mise en œuvre peuvent démarrer sur la base des spécifications techniques publiées, mais que les hypothèses juridiques ne doivent pas être tenues pour définitives tant que le processus législatif n'est pas achevé. Les entreprises ont intérêt à aligner les développements POS sur l'interface officielle, tout en gardant paramétrables le champ d'application, les exonérations et les dates de mise en œuvre, au cas où la loi finale évoluerait.

