Le 6 août 2026, le ministre de l'Économie numérique de la République démocratique du Congo, Augustin Kibassa Maliba, a reçu à Kinshasa une délégation du Réseau des acteurs du numérique et tranché une question restée ouverte pendant plus de deux semaines. L'arrêté interministériel n° 015 du 20 juillet 2026, qui fixe les droits, taxes et redevances perçus à l'initiative de ce ministère, n'a pas été retiré. Il s'applique intégralement. Les startups, a confirmé le ministre, échappent à son champ d'application.
Pour les entreprises qui vendent des services numériques vers la DRC, l'arrêté ajoute une strate de prélèvements supplémentaire à un secteur qui supporte déjà ce que la GSMA a décrit comme l'une des charges fiscales sectorielles les plus lourdes d'Afrique centrale. L'épisode illustre aussi la rapidité avec laquelle un barème adopté par voie d'arrêté ministériel peut être introduit, contesté puis clarifié, et le peu de sécurité juridique dont disposent les contribuables entre-temps.
Ce que prévoit l'arrêté n° 015
L'arrêté a été signé conjointement par Kibassa Maliba et le ministre des Finances, Doudou Fwamba. Il fonctionne comme un barème, fixant les montants exigibles pour les autorisations, les agréments, les renouvellements et l'exploitation de toute une série de services numériques.
Selon une analyse du barème annexé publiée par le spécialiste des politiques numériques Trésor Kalonji, le texte présente les caractéristiques suivantes :
- L'article 2 étend le barème à toutes les personnes morales et physiques exerçant des activités numériques depuis ou vers la DRC, qu'elles disposent ou non du label startup.
- Les redevances forfaitaires iraient de 100 USD à 100 000 USD selon la catégorie de service.
- Des frais de renouvellement s'appliquent, ainsi que des pénalités pouvant atteindre 100 % du montant dû en cas de manquement répété.
- Les entreprises congolaises déjà formalisées mais ne relevant pas de la qualification de startup entrent dans le champ d'application.
Deux points méritent l'attention du point de vue de la fiscalité indirecte. Il s'agit de prélèvements parafiscaux liés à des licences plutôt que d'une taxe sur la consommation : ils se situent donc en dehors de la chaîne de déduction de la TVA et pèsent sur le prestataire à titre de coût. Par ailleurs, la référence, à l'article 2, aux activités orientées vers la DRC confère au barème une portée extraterritoriale comparable au principe de destination appliqué à la TVA sur les services électroniques, ce qui soumet des plateformes non-résidentes à un régime de redevances réglementaires que beaucoup d'entre elles ne surveillent peut-être pas.
Dix-sept jours de signaux contradictoires
La publication a été suivie d'une dizaine de jours de protestations émanant de rédactions en ligne, de créateurs de contenu et de petites entreprises technologiques, qui estimaient que ces redevances les évinceraient d'un marché encore en formation. Le soir du 1er août, le ministère des Finances a annoncé que l'application de l'arrêté était reportée afin que les deux ministères puissent en clarifier le champ, un nouveau communiqué étant publié le 3 août.
La position a changé cinq jours plus tard. À la suite de la réunion du 6 août, le ministère de l'Économie numérique a déclaré qu'aucune suspension n'avait été décidée et que le texte demeurait pleinement applicable, les startups en étant exclues. Le ministère a refusé le moratoire réclamé par le secteur, invoquant le Code du numérique comme fondement juridique du barème.
Cet enchaînement crée une difficulté pratique. Un barème qui lie dès sa signature, présenté comme reporté par un ministère, puis décrit comme n'ayant jamais été reporté, laisse les entreprises concernées sans position arrêtée sur le point de savoir si des redevances ont couru entre le 20 juillet et le 6 août.
Une exonération sans procédure
L'exception en faveur des startups repose sur l'article 384 du Code du numérique, qui ouvre aux startups éligibles l'accès à des incitations fiscales, parafiscales, douanières et de change au titre de la loi-ordonnance de 2022 sur l'entrepreneuriat. L'avantage existe en principe. Le mécanisme pour le faire valoir, non. Quatre décrets d'application adoptés à l'état de projet en mai 2025 demeurent inachevés : il n'existe donc pas de voie administrative arrêtée permettant à une entreprise d'établir son statut de startup auprès des services fiscaux. Une entreprise qui remplit les conditions sur le fond peut néanmoins faire l'objet d'un redressement faute de pouvoir justifier ce statut dans la forme attendue par l'administration.
Une couche de plus sur une assiette déjà lourdement taxée
La DRC n'était pas une juridiction clémente avant juillet. Une évaluation de la GSMA de 2025 relevait une TVA à 16 %, un droit d'accise de 10 % sur les services mobiles, une contribution de 2 % au fonds de service universel et un prélèvement RAM de 3,6 %, et avertissait que le cumul de ces charges pesait sur l'accessibilité financière des services numériques et sur l'inclusion numérique.
Le traitement des prestataires non-résidents de services électroniques repose sur un terrain moins stable. La DRC a intégré les services électroniques fournis depuis l'étranger dans le champ de la TVA au moyen de mesures associées à la loi de finances 2024, mais les orientations publiées divergent sur les modalités. Les indications de PwC sur la TVA en Afrique précisent que les prestataires étrangers doivent désigner un représentant fiscal en DRC, à défaut de quoi le client congolais autoliquide la taxe. Plusieurs trackers commerciaux décrivent au contraire une voie d'immatriculation simplifiée sans seuil, et l'un d'eux au moins semble confondre la DRC avec la République du Congo, dont le régime distinct de 18 % applicable aux prestataires numériques non-résidents est également entré en vigueur en juillet 2026. Les prestataires devraient vérifier le mécanisme applicable au regard du texte congolais plutôt que de se fier à des trackers secondaires.
Quel que soit le mécanisme applicable, l'interaction avec le nouveau barème suit un schéma bien connu. Une redevance de licence ou d'autorisation supportée par le prestataire n'est pas récupérable en tant que TVA déductible. Elle intègre la base de coûts du prestataire et, dans la mesure où elle est répercutée dans les prix, fait partie de la contrepartie sur laquelle la TVA de 16 % est due. La charge finit par atteindre le consommateur. Sur un marché où l'accessibilité financière freine déjà l'adoption, c'est précisément l'effet identifié par la GSMA.
Une tendance plus large à l'échelle de l'Afrique
L'épisode congolais reflète une tendance plus large sur le continent. Les mesures de recettes visant le secteur numérique passent de plus en plus par la voie de l'arrêté ministériel plutôt que par la loi de finances annuelle. La réglementation subordonnée avance plus vite et laisse aux administrations une marge pour ajuster les taux, mais elle contourne aussi la concertation et le contrôle parlementaire qui accompagnent un projet de loi de finances. L'arrêté n° 015 a été signé, contesté, présenté comme suspendu, puis confirmé en vigueur en dix-sept jours.
Les prestataires exposés à la DRC devraient prendre trois mesures :
- Recenser les catégories du barème annexé qui touchent leurs activités, le champ d'application étant défini par type de service plutôt que par la résidence.
- Documenter séparément la période du 20 juillet au 6 août, au cas où des redressements seraient établis à ce titre.
- Considérer l'exonération des startups comme indisponible tant que les décrets d'application ne sont pas publiés, aussi clairement que le ministre l'ait affirmée.
Conclusion
L'arrêté n° 015 reste en vigueur, et l'exonération des startups annoncée le 6 août relève d'une orientation politique plutôt que d'une procédure opérationnelle. Tant que les décrets d'application prévus par le Code du numérique ne seront pas finalisés, les entreprises numériques présentes en DRC, y compris les prestataires non-résidents servant des clients congolais, devraient partir du principe que le barème leur est applicable. La leçon plus large pour la région est que des redevances sectorielles numériques introduites par voie d'arrêté ministériel peuvent entrer en vigueur et changer de statut en quelques semaines, ce qui rend le suivi de la réglementation subordonnée aussi crucial que celui des lois de finances annuelles.

