Mandats de facturation électronique en Afrique : Principaux changements et tendances en matière de fiscalité numérique

La facturation électronique devient rapidement la nouvelle norme en matière de conformité fiscale en Afrique. Alors que les gouvernements cherchent à lutter contre la fraude fiscale, à améliorer la collecte des recettes et à moderniser leurs systèmes fiscaux, le passage des factures papier aux rapports numériques en temps réel n'est plus une tendance future, mais une réalité actuelle.
Le Kenya, le Nigeria, la Tanzanie, le Sénégal, l'Égypte et l'Ouganda sont à l'avant-garde de ce mouvement, chacun mettant en œuvre des stratégies distinctes pour faire entrer son économie dans l'ère numérique. Voici un aperçu comparatif de leurs derniers mandats de facturation électronique et de ce qu'ils signifient pour les entreprises opérant dans la région.
1. le Kenya : Le déploiement obligatoire de l'eTIMS
Le Kenya a été un pionnier dans le paysage fiscal numérique de l'Afrique, et son parcours en matière de facturation électronique a été marqué par une expansion continue. La Kenya Revenue Authority (KRA) est passée de son système initial de gestion des factures fiscales (TIMS) à un système de gestion électronique des factures fiscales (eTIMS) plus robuste et plus souple.
Présentation du système : Le système eTIMS est une solution logicielle qui permet aux entreprises de générer, de valider et de transmettre des factures fiscales à l'ARK en temps réel ou presque. Il est obligatoire pour toutes les entreprises du Kenya, qu'elles soient assujetties à la TVA ou non.
Principales exigences et échéances :
- Adoption universelle : La directive de la KRA, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2024, exige que toutes les entreprises émettent des factures conformes à l'eTIMS pour justifier toutes les dépenses professionnelles qu'elles souhaitent déduire à des fins fiscales.
- Extension de l'intégration : Pour les contribuables non enregistrés à la TVA, la période d'intégration à la plateforme eTIMS a été prolongée jusqu'au 31 mars 2024.
- Solutions eTIMS : La KRA propose diverses solutions eTIMS, notamment eTIMS Lite (Web, USSD et application mobile pour les transactions minimales), eTIMS Client pour les besoins plus complexes, et Virtual/Online Sales Control Units (VSCU/OSCU) pour l'intégration de système à système.
- Mandats sectoriels : L'ARK a également émis des directives sectorielles, telles que l'obligation pour toutes les stations-service d'adopter le système eTIMS à la pompe. Les fournisseurs de services numériques non résidents sont également exemptés des exigences en matière de facturation électronique.
Impact et sanctions : Le non-respect de la réglementation eTIMS peut entraîner des sanctions sévères, notamment des amendes et des peines d'emprisonnement. En outre, les entreprises qui n'émettent pas de factures conformes au système eTIMS risquent de voir leurs clients incapables de réclamer la taxe en amont ou des déductions fiscales, ce qui peut avoir un effet préjudiciable sur les relations d'affaires et les chaînes d'approvisionnement.
2. le Nigeria : La solution marchand-acheteur pour les gros contribuables
Le Federal Inland Revenue Service (FIRS) du Nigeria a lancé son régime de facturation électronique, connu sous le nom de Merchant-Buyer Solution (MBS). À compter du 1er août 2025, ce mandat s'applique à tous les "gros contribuables", définis comme des entreprises dont le chiffre d'affaires annuel est égal ou supérieur à 5 milliards d'euros.
Aperçu du système : La plateforme MBS fonctionne selon un modèle de pré-dédouanement, où les factures sont validées par le système FIRS avant d'être transmises à l'acheteur. Cela garantit l'authenticité des transactions et offre à l'administration fiscale une visibilité en temps réel des activités commerciales. Le système s'appuie sur les conventions du réseau PEPPOL (Pan-European Public Procurement Online), qui exige que les factures soient dans un format structuré UBL/XML.
Exigences principales :
- Enregistrement obligatoire : Les gros contribuables doivent s'enregistrer et s'intégrer à la plateforme FIRS.
- Intégration du système : Les entreprises sont tenues d'intégrer leurs systèmes de facturation existants à la plateforme MBS afin de faciliter la génération, la validation et la transmission des factures en temps réel. Ce mandat s'étend également aux non-résidents qui fournissent des biens et des services imposables au Nigeria.
Impact : Cette approche progressive marque une étape importante vers la numérisation de la conformité fiscale au Nigeria. L'accent mis sur les gros contribuables permet au FIRS de tester le système et de fournir une assistance, dans le but probable d'étendre le mandat à un plus grand nombre d'entreprises à l'avenir. Les sanctions pour non-conformité peuvent inclure des amendes de 200 000 ₦ plus 100 % de l'impôt dû.
3) Tanzanie : extension de la déclaration des factures électroniques à tous les contribuables
La Tanzanie, qui disposait déjà d'un système de facturation électronique pour certains contribuables, va plus loin dans sa transformation numérique. La proposition de budget 2025/26 prévoit d'étendre la déclaration obligatoire des factures électroniques à tous les contribuables, quelle que soit leur taille.
Aperçu du système : L'Autorité fiscale tanzanienne (TRA) s'efforce d'intégrer tous les systèmes de facturation des contribuables à son système de gestion des dispositifs fiscaux électroniques (EFDMS) mis à jour. Cela permettra la vérification automatique des transactions et l'émission de factures électroniques avec un code de vérification. Le système utilise un modèle de pré-dédouanement dans lequel les contribuables doivent demander l'autorisation d'émettre une facture électronique, qui est ensuite vérifiée et approuvée par l'EFDMS avant d'être envoyée au client.
Exigences clés :
- Intégration universelle : Toutes les entreprises devront connecter leurs systèmes de facturation à la plateforme EFDMS, qu'elles utilisent des dispositifs fiscaux électroniques (EFD), des machines de point de vente (POS) ou des ERP.
- Modèle de pré-dédouanement : Un modèle de pré-dédouanement est en vigueur. Les contribuables doivent demander l'autorisation d'émettre une facture électronique, qui est ensuite vérifiée et approuvée par l'EFDMS avant d'être envoyée au client.
Impact : Cette mesure augmentera considérablement la charge administrative des petites et moyennes entreprises (PME) qui ne disposent pas nécessairement de systèmes comptables avancés. Toutefois, elle devrait créer des conditions de concurrence plus équitables en matière de respect des obligations fiscales et accroître considérablement la capacité de la TRA à contrôler les transactions.
4) Sénégal : Un déploiement progressif à l'horizon
Le Sénégal se prépare à introduire la facturation électronique obligatoire dans le cadre de son projet de loi de finances 2025. Cette initiative remplacera le système volontaire précédent et vise à lutter contre l'évasion fiscale et à améliorer l'efficacité de la collecte de la TVA.
Aperçu du système : Bien que le format spécifique et le calendrier officiel du déploiement n'aient pas été entièrement détaillés, la législation établit l'utilisation d'un portail public dédié ou d'une plateforme numérique approuvée pour le traitement des transactions.
Exigences clés :
- Format structuré : Les factures doivent être soumises dans un format électronique structuré.
- Plate-forme centralisée : Toutes les factures devront passer par une plateforme centralisée désignée par la Direction générale des impôts et des domaines (DGID).
- Mise en œuvre progressive : La mise en œuvre devrait se faire par étapes, bien que les groupes de contribuables spécifiques et les échéances n'aient pas encore été annoncés.
Impact : La législation prévoit des sanctions en cas de non-respect, avec des amendes pouvant atteindre 25 % du montant de la TVA sur une facture, plafonnées à 5 millions de francs CFA (environ 7 700 euros) par facture. Cette mesure témoigne d'un engagement sérieux en faveur de l'application des nouvelles règles et marque un changement important par rapport à l'ancien système volontaire.
5. l 'Égypte : Un modèle de prédédouanement pleinement mis en œuvre
L'Égypte est un acteur mature dans le domaine de la facturation électronique en Afrique, ayant lancé un système obligatoire qui est maintenant entièrement mis en œuvre. L'Autorité fiscale égyptienne (ETA) a joué un rôle moteur dans la transformation numérique de la fiscalité.
Aperçu du système : Le système égyptien fonctionne sur un modèle de pré-dédouanement pour les transactions B2B et B2C. Le système est connu sous le nom de système de facturation électronique pour le B2B et de système de réception électronique pour le B2C. Les mises à jour récentes comprennent l'extension de l'obligation de réception électronique pour les transactions B2C à d'autres groupes de contribuables, avec une nouvelle date limite fixée au 15 septembre 2025.
Exigences clés :
- Conformité universelle : Toutes les entreprises assujetties à la TVA sont tenues d'émettre des factures électroniques pour les transactions B2B et des reçus électroniques pour les transactions B2C.
- Signature numérique : Toutes les factures électroniques doivent être signées numériquement pour garantir leur authenticité et leur intégrité.
- Soumission en temps réel : Les contribuables doivent soumettre leurs factures en temps réel au portail de l'ETA pour validation avant que le document ne soit considéré comme légalement valide.
Impact : En imposant un modèle de pré-dédouanement, l'Égypte a créé un environnement fiscal très contrôlé qui donne à l'ETA une visibilité sans précédent sur toutes les transactions commerciales, réduisant ainsi considérablement les possibilités d'évasion fiscale.
6. l 'Ouganda : Le système EFRIS pour une meilleure conformité
L'Ouganda a également été agressif dans ses réformes fiscales numériques, avec la mise en œuvre de la solution EFRIS (Electronic Fiscal Receipting and Invoicing Solution) à partir de 2021.
Aperçu du système : EFRIS est une plateforme centralisée qui exige que toutes les entreprises enregistrées à la TVA émettent des factures ou des reçus électroniques et les transmettent à l'Uganda Revenue Authority (URA) en temps réel. Les développements récents comprennent le lancement d'une nouvelle application mobile pour simplifier la conformité et l'extension du mandat à 12 secteurs d'activité supplémentaires, à compter du 1er juillet 2025.
Exigences principales :
- Obligatoire pour les entreprises assujetties à la TVA : Toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent utiliser EFRIS pour émettre des factures et des reçus. Des annonces récentes ont désigné des secteurs spécifiques pour lesquels le mandat est obligatoire.
- Validation : Lors de la soumission, EFRIS valide la facture et émet un numéro de document fiscal (FDN) unique et un code QR, qui sont essentiels pour que le document soit considéré comme valide.
Impact : EFRIS vise à améliorer la conformité fiscale en réduisant les problèmes tels que la suppression des ventes, la non-émission de reçus et les fausses demandes de remboursement. L'URA a clairement indiqué que la non-utilisation d'un système conforme à l'EFRIS pouvait entraîner de lourdes sanctions.
Conclusion
Les mandats de facturation électronique en Afrique témoignent d'un engagement clair en faveur de l'utilisation de la technologie pour combler les lacunes fiscales et créer des environnements fiscaux plus transparents et plus efficaces. Bien que les modèles spécifiques diffèrent, qu'il s'agisse de l'accent mis par le Nigeria sur les gros contribuables ou des efforts déployés par le Kenya et la Tanzanie pour une adoption universelle, l'objectif ultime reste le même : un écosystème fiscal entièrement numérisé et en temps réel. Pour les entreprises opérant sur ces marchés, une préparation proactive et une compréhension claire de ces nouveaux mandats sont essentielles pour garantir la conformité.
Sources :KRA,Deloitte,PwC, VATupdate, WTS Global, Pagero, SoftPower News, EDICOM Global

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