Le Digital Services Act (DSA), adopté en 2022 et entré en vigueur en février 2024, est un cadre réglementaire transformateur dans l'Union européenne (UE) qui vise à instaurer un environnement en ligne plus sûr et plus transparent. Le DSA modernise les règles établies précédemment en répondant aux défis de l'ère numérique en évolution rapide.
Le DSA fixe des règles applicables aux intermédiaires et plateformes en ligne afin de protéger les consommateurs et utilisateurs de l'UE, tout en favorisant la responsabilisation des prestataires de services.
Cet article fournit les informations essentielles sur le Digital Services Act (DSA), son champ d'application, les obligations que les prestataires de services numériques doivent respecter, ainsi que son impact sur les entreprises opérant sur le marché de l'UE et sur les utilisateurs de l'UE.
Qu'est-ce que le Digital Services Act ?
Les principaux objectifs du DSA sont la protection des droits fondamentaux, la lutte contre les contenus illicites et la garantie de la transparence dans le monde numérique. La protection des groupes vulnérables tels que les mineurs et la réduction de l'espace laissé à la désinformation figurent également parmi les raisons essentielles de la mise en œuvre des règles et réglementations du DSA.
Il cible les intermédiaires tels que les places de marché en ligne, les réseaux sociaux et les entités similaires, et introduit une distinction importante entre les plateformes en ligne générales et les très grandes plateformes en ligne.
Le DSA est mis en œuvre à l'échelle de l'UE, ce qui signifie que les prestataires de services numériques relevant de son champ d'application seront soumis aux mêmes règles dans tous les États membres de l'UE. Toutefois, certains aspects de son application peuvent être régis au niveau national.
Par exemple, bien que le DSA fixe des règles pour la détection et le retrait des contenus illicites, il ne définit pas ce que signifie « contenu illicite ». Ce qui constitue un contenu illicite dépend d'autres réglementations de l'UE et des lois nationales des États membres de l'UE.
Champ d'application du DSA de l'UE
Tous les prestataires de services numériques en ligne fournissant des services intermédiaires à des utilisateurs de l'UE, quel que soit leur lieu d'établissement, sont soumis au DSA. Dans le cadre du DSA, les services intermédiaires désignent des catégories spécifiques de services qui facilitent la transmission, la collecte ou le stockage d'informations fournies par les utilisateurs de l'UE. Cela inclut les hébergeurs, les moteurs de recherche, les plateformes telles que les magasins d'applications, les réseaux sociaux et les applications de messagerie.
En outre, le DSA prévoit une règle particulière pour les très grandes plateformes en ligne (VLOPs) et les très grands moteurs de recherche en ligne (VLOSEs). Si des plateformes ou des moteurs de recherche sont utilisés par plus de 10 % des 450 millions de consommateurs de l'UE, ou plus précisément s'ils comptent un nombre moyen mensuel d'utilisateurs dans l'UE supérieur à 45 millions, ils sont considérés comme des VLOPs ou des VLOSEs.
À ce jour, la Commission européenne a identifié et attribué le rôle de VLOPs ou de VLOSEs à 20 prestataires de services numériques, notamment AliExpress, Amazon, Apple, Google, Booking, Shein, LinkedIn, Meta et Zalando.
Fait intéressant, la Commission européenne a souligné que Google Search, Google Play, Google Maps, Google Shopping et YouTube relèvent tous du champ d'application du DSA. La situation est similaire pour Facebook et Instagram, propriété de Meta. Ce faisant, la Commission européenne met l'accent non pas sur l'entreprise dans son ensemble, mais sur des plateformes spécifiques qui relèvent du champ d'application du DSA.
Le DSA prévoit également certaines exemptions au titre desquelles les petites et micro-entreprises sont exclues de certaines obligations.
Principales obligations des prestataires de services numériques au titre du DSA
Toutes les plateformes en ligne, à l'exception de celles comptant moins de 50 salariés et dont le chiffre d'affaires annuel est inférieur à 10 millions EUR, considérées comme de petites plateformes, doivent mettre en place des systèmes permettant de détecter et de retirer efficacement les contenus illicites. Cela comprend le développement et la mise en œuvre de mécanismes et d'outils permettant aux utilisateurs de l'UE de signaler ces contenus, ainsi que la coopération avec des signaleurs de confiance pour une action accélérée.
Ces signaleurs de confiance sont des entités spéciales au titre du DSA, mises en place par les coordinateurs nationaux pour les services numériques. Ce sont des experts chargés de détecter les contenus potentiellement illicites en ligne et d'en informer les plateformes en ligne. Les contenus illicites peuvent désigner les discours haineux, les atteintes aux droits des enfants, la promotion de la violence fondée sur le genre ou les contenus à caractère terroriste.
Par ailleurs, les plateformes doivent assurer la transparence concernant les publicités ciblées, notamment en révélant les critères de placement des annonces et en évitant l'utilisation de données sensibles. Ces données sensibles peuvent inclure toute opinion politique ou orientation sexuelle utilisée à des fins de ciblage.
Enfin, les plateformes numériques concernées doivent définir des conditions générales expliquant clairement le fonctionnement des algorithmes de recommandation de contenu.
Une fois que la Commission européenne a attribué un rôle aux VLOPs et aux VLOSEs, les plateformes en ligne ne disposent que de quatre mois pour s'assurer que tous les mécanismes sont en place et pour se conformer aux règles et réglementations du DSA.
Impact sur les entreprises et les utilisateurs
Le DSA devrait modifier sensiblement les responsabilités opérationnelles des prestataires de services numériques. Les plateformes numériques peuvent supporter des coûts supplémentaires pour répondre aux exigences de conformité, tels que la mise à jour et l'adaptation de leurs conditions générales ou le développement d'outils de signalement conviviaux. En outre, les charges administratives et déclaratives sont désormais bien plus lourdes pour les plateformes numériques, en particulier avec des audits annuels réalisés par un auditeur indépendant.
Pour les utilisateurs de l'UE, le DSA devrait contribuer à un meilleur contrôle des données personnelles, à une plus grande clarté des décisions de modération de contenu et à la possibilité de demander le retrait des pratiques déloyales. Par ailleurs, un espace de commerce électronique et de réseaux sociaux plus sûr et plus transparent devrait se développer afin de protéger et de sécuriser les données fournies par les utilisateurs de l'UE à ces plateformes.
Étapes pour garantir la conformité
Au titre du DSA, les plateformes en ligne doivent partager des données avec la Commission européenne et les autorités nationales. Pour répondre à cette exigence, les plateformes concernées doivent établir des politiques internes de conformité afin d'assurer une communication et un transfert fluides des données requises.
Pour se conformer aux règles relatives aux contenus illicites, les plateformes doivent élaborer des politiques de modération robustes et intégrer des mécanismes de signaleurs de confiance. Il est essentiel de former le personnel aux obligations de conformité et de faire appel à des experts pour appréhender la complexité de la réglementation.
Enfin, les entreprises peuvent consulter les lignes directrices publiées par la Commission européenne et le Comité européen des services numériques pour les aider à se conformer au DSA.
Le non-respect des règles du DSA à l'échelle de l'UE peut entraîner des sanctions pouvant atteindre 6 % du chiffre d'affaires mondial annuel du prestataire de services numériques. Dans certains cas extrêmes, les plateformes pourraient même être temporairement suspendues.
Conclusion
L'adoption et la mise en œuvre du DSA constituent une étape déterminante des efforts de l'UE pour réguler et encadrer les services numériques. Elles confirment ainsi que la Commission européenne souhaite trouver un équilibre entre les droits des utilisateurs, l'innovation du marché et la responsabilisation.
Le DSA encadre les plateformes en ligne et les tient responsables de la création d'un environnement en ligne plus sûr, plus équitable et plus transparent pour les utilisateurs de l'UE. Bien que les entreprises puissent rencontrer des difficultés opérationnelles et de conformité, le DSA leur offre également l'occasion de renforcer la confiance et la crédibilité auprès des utilisateurs.
Source: Digital Services Act Directive 2022/2065, European Commission - Questions and answers on the Digital Services Act, European Commission - e-Commerce Directive, EUR-Lex - Digital Services Act, European Commission - DSA: Very large online platforms and search engines, European Commission - List of designated VLOPS and VLOSEs

